Cet article est la version longue de notre manifeste. Si tu cherches la version 4 minutes, c'est là-bas. Ici, on rentre dans le détail : pourquoi on a refusé une levée de fonds, pourquoi on n'accepte aucune chaîne, comment on prévoit de gagner notre vie sans trahir le projet, et où on veut aller après le 10e/11e.
C'est le pillar manifeste de Croq. Tous les autres articles éditoriaux du Journal se rebranchent ici.
Chapitre 1 — Le déclic
L'idée Croq est née dans le 11e en 2024. Trois fondateurs (un dev, une product designer, un ancien restaurateur), tous habitants du quartier, tous fauchés ou anciens fauchés. La conversation qui a tout déclenché s'est tenue devant Mahmoud, à 23h, après avoir attendu 15 minutes que le sandwich soit prêt.
L'un de nous a dit : "Y a personne qui sait que ce mec existe en dehors du quartier. Mais c'est le meilleur kebab de Paris."
L'autre a dit : "Ouais, parce que c'est pas Mahmoud qui paie pour être en tête de Google Maps. C'est McDo qui paie."
L'autre encore : "On devrait faire l'inverse. Une app qui n'accepte que des Mahmoud."
C'est devenu Croq. L'app qui n'accepte que des Mahmoud.
Chapitre 2 — Pourquoi on a refusé une levée de fonds
À l'automne 2024, on a eu trois conversations avec des fonds (deux français, un européen). À chaque fois la même question est revenue : "Ça scale comment ?" Sous-entendu : comment vous allez ouvrir 200 villes et générer 500 millions d'euros de GMV en 5 ans ?
Notre réponse a toujours été : "On ne scale pas comme vous voulez. On scale quartier par quartier, avec des standards de qualité que la commu valide. Si on accepte de scaler vite, on devient Uber Eats. On veut être l'opposé."
Les conversations se sont arrêtées là. C'est pas un échec. C'est un filtre.
On a levé 120 000€ en amorçage — fondateurs, amis-famille, et un business angel ancien restaurateur lui-même. On n'a aucune obligation de croissance imposée. On peut prendre 5 ans pour bien faire le 10e/11e si nécessaire. Et c'est sans doute la chose la plus importante de tout ce manifeste.
Chapitre 3 — La règle "que des petits commerces"
C'est non-négociable. Pas de McDonald's, pas de KFC, pas de Burger King, pas de Subway, pas de Five Guys, pas de Pret, pas même les chaînes "gentilles" type Dean & DeLuca. Si la marque a plus de 3 points de vente à Paris, dehors.
Pourquoi cette règle ? Trois raisons.
Un. Les chaînes ont déjà leur visibilité. Elles n'ont pas besoin de Croq. Croq existe pour les commerces qui n'ont pas la budget marketing de McDo.
Deux. Les chaînes diluent le positionnement. Si tu vois un Subway à côté de Mahmoud dans l'app, l'app perd son sens — c'est comme si Le Fooding mettait un fast-food à côté du dernier néo-bistrot du moment.
Trois. Les chaînes représentent un modèle économique qu'on combat : standardisation, perte d'identité de quartier, optimisation marketing au détriment de la qualité. Notre app est un outil politique autant qu'un outil pratique.
Pour le détail de pourquoi on s'oppose au modèle Uber Eats, voir notre enquête détaillée.
Chapitre 4 — Comment on gagne notre vie
C'est la question qui revient le plus chez les sceptiques. Réponse en 3 niveaux.
Niveau 1 — On ne gagne rien sur les commandes
Croq n'est pas une plateforme de commande. On ne facture aucune commission aux commerçants quand un utilisateur passe chez eux. 0%, point. Ça nous différencie radicalement de Uber Eats, Deliveroo, etc.
Niveau 2 — Outils premium pour commerçants opt-in
Notre modèle de revenue : on facture des outils premium aux commerçants qui veulent les utiliser :
- Dashboard analytique : combien de fois leur fiche a été vue, quels jours, quels filtres l'ont fait apparaître.
- Réponse aux verdicts : possibilité de répondre publiquement aux commentaires.
- Mises à jour rapides : changer un prix, une horaire, une photo en moins de 5 min.
- Visibilité dans les "stories" Croq (vidéo verticale comme TikTok) — strictement opt-in, jamais payant pour figurer dans le feed principal.
Cible : 30€/mois par commerçant qui souscrit. Si on a 200 commerçants payants à Paris, c'est 72 000€/an de revenus récurrents. Avec 1 000 commerçants, 360 000€/an.
Niveau 3 — Évolutions futures
À long terme, on pourrait ajouter :
- Gift cards Croq (pour offrir un repas à un pote, le commerçant touche 100%).
- Évènements "Croq Days" payants (visite groupée des spots banger d'un quartier).
- Extension B2B : version Croq pour les entreprises qui veulent offrir des repas à leurs équipes dans des petits commerces.
Le principe absolu : rien qui altère le classement objectif des spots dans l'app. Tu paies pour des outils qui te servent, pas pour figurer en tête.
Chapitre 5 — Pourquoi le 10e/11e d'abord
Choix stratégique fait au printemps 2025 après 6 mois de réflexion. On aurait pu lancer dans le 9e (forte densité), le 18e (jeune), le 13e (Chinatown). On a choisi le 10e/11e parce que :
Un. Densité de petits commerces : la plus haute de Paris. Voir notre cartographie complète.
Deux. Population cible : étudiants + jeunes actifs + vrais habitants. Très peu de tourisme. C'est exactement notre démographie.
Trois. Diversité culinaire. 7 cuisines différentes représentées dans 4 km².
Quatre. Communauté qui veut être validée. Les habitants du 10e/11e sont les premiers à râler quand un spot baisse en qualité — c'est exactement le crowdsourcing dont on a besoin.
Cinq. On y vit. C'est notre quartier. On le connaît mieux que les autres. Tu vas pas construire une app dont tu ignores le terrain.
Chapitre 6 — La méthode "verdict tranché"
Aucune note 5 étoiles. Quatre verdicts, à choisir parmi :
- 🔥 Banger — vraiment top, j'y retourne
- ✅ Validé — correct, je recommande
- 🤷 Mid — bof, sans plus
- 🚨 Prix sus — alerte arnaque (déclenchée si le prix réel observé dépasse le prix annoncé)
Pourquoi tranché et pas étoiles ? Parce que les étoiles mentent. Sur Google Maps, 80% des restaurants ont entre 4,1 et 4,5 étoiles. Ça te dit quoi exactement ? Rien.
Banger vs Mid, c'est binaire et clair. Tu sais en 2 secondes si le spot vaut le détour. C'est ça qu'on veut — la décision rapide pour le quotidien.
Chapitre 7 — Le prix crowdsourcé
C'est notre fonctionnalité signature. Chaque utilisateur peut "stamp" le prix qu'il a payé. On agrège : médiane sur 30 jours, fourchette min/max visible, photo de ticket optionnelle.
Pourquoi c'est important :
- Le prix marketing ment. Le sandwich à 6€ sur la pancarte est souvent à 6,50€ ou 7€ une fois en caisse.
- Les prix bougent. Sans crowdsourcing, l'app affiche un prix obsolète. Avec, l'app le voit en temps réel.
- C'est un signal d'arnaque. Si la médiane communautaire est à 7€ et que tu as payé 9€, le label Prix sus se déclenche automatiquement.
C'est aussi la fonctionnalité la plus controversée auprès des commerçants. Certains apprécient (transparence). D'autres résistent. C'est un débat sain — voir chapitre 9.
Chapitre 8 — La roadmap
Q2 2026 : Beta TestFlight ouverte au 10e/11e (République–Oberkampf–Bastille). 250 founding members en premier.
Q3 2026 : Ouverture publique iOS, extension à Belleville (19e/20e).
Q4 2026 : Beta Android. Évaluation pour le 12e ou le 18e.
2027 : Si Paris fonctionne, ouverture à Marseille. Le terrain est différent (plus dispersé, moins dense), à voir si la formule s'adapte.
2028+ : Lyon, Bordeaux, ou retour aux quartiers parisiens non couverts. Aucune ouverture en métropole étrangère prévue. Croq est volontairement français — pas par chauvinisme, par conviction qu'il faut faire bien sur un terrain qu'on connaît avant de se diluer.
Chapitre 9 — Les controverses qu'on accepte
On est conscients que ce manifeste a des angles morts ou des points qui peuvent être critiqués. On les liste honnêtement.
Controverse 1 : "Vous excluez arbitrairement les chaînes." Vrai. C'est un choix politique assumé, pas un choix technique. Si tu manges parfois chez McDo (comme tout le monde) et que tu veux une app qui le référence, on n'est pas pour toi.
Controverse 2 : "Le prix crowdsourcé peut désavantager les commerçants." Possible. Si un commerçant augmente ses prix, l'app le sait. C'est de la transparence. On préfère assumer cette transparence que masquer la réalité économique. Les commerçants peuvent répondre publiquement via les outils premium.
Controverse 3 : "Quatre verdicts, c'est binaire." Oui. C'est délibéré. Le système des étoiles ne dit rien. Les verdicts disent quelque chose. À ceux qui veulent plus de nuance, l'app permettra des commentaires courts en complément du verdict.
Controverse 4 : "Vous êtes anti-progrès / anti-tech." Faux. On est anti-rente. La technologie est un outil. Quand elle sert le quartier, elle est bienvenue. Quand elle extrait 30% de commission pour un service marginal, elle est nuisible.
Chapitre 10 — L'invitation
Si tu es arrivé jusqu'ici, c'est que ce projet te parle. Tu peux faire 3 choses concrètes :
Un. Inscris-toi à la beta. Les 250 founding members ont l'invite avant tout le monde et baptisent leurs spots préférés.
Deux. Lis le journal. 20 articles publiés ou en cuisine — guides quartier, sélections thématiques, conseils par situation. Plus il y aura de monde qui les lit, plus on construit une commu.
Trois. Parle de Croq autour de toi. Partage cet article. Le bouche-à-oreille reste la meilleure communication pour un projet local.
FAQ du manifeste
Pourquoi vous appelez-vous "Croq" ?
Pour deux raisons. Un, c'est court, mémorable, et phonétiquement français (pas "Tasty", pas "Munchies", pas "Yummly"). Deux, "Croq" évoque à la fois croquer (manger) et "croquer" (l'argot pour "croquer la vie"). Le point après Croq dans le logo est notre signature visuelle — ferme, posé, point final.
Qui sont les fondateurs de Croq ?
Trois personnes. Un dev senior (10 ans d'expérience), une product designer (ancien Le Bonbon Paris), et un ancien restaurateur qui a tenu un café dans le 11e pendant 4 ans. On reste anonymes en public pour l'instant — on veut que le projet parle pour lui-même avant les CV. Identité publique au lancement officiel printemps 2026.
Combien d'argent avez-vous levé ?
120 000€ en amorçage (fondateurs, amis-famille, un business angel). Aucun fonds VC. Aucune obligation de croissance imposée.
Quand Croq sera-t-il rentable ?
Notre objectif : rentabilité opérationnelle dès 2027 sur le périmètre Paris. Modèle : 200-300 commerçants payants à 30€/mois. Pas de croissance forcée par investisseurs.
Pourquoi êtes-vous anti-Uber Eats ?
Pas anti-Uber Eats par principe. Anti-modèle qui prend 30% de commission, gonfle les prix de 40% pour l'utilisateur, et précarise les coursiers. Voir notre enquête détaillée pour le calcul précis.
Comment puis-je aider Croq ?
Inscris-toi à la beta, parle-en autour de toi, et — si t'es commerçant indépendant à Paris dans la zone 10e/11e — écris-nous à hello@getcroq.app pour qu'on rentre en contact.
Comment Croq sélectionne ses spots ?
Aucun algo, aucun avis acheté. Test physique + crowdsourcing par la commu via 4 verdicts (Banger, Validé, Mid, Prix sus). C'est le cœur du projet, pas un détail.
Conclusion
Croq est un pari. Le pari que les petits commerces de Paris méritent une app qui leur ressemble, plutôt qu'une plateforme globale qui les dilue. Le pari que la commu peut produire du jugement de qualité sans algorithme, sans étoiles, sans rente. Le pari que bien manger pas cher est un droit, pas un privilège réservé à ceux qui savent.
Ce pari démarre printemps 2026 dans le 10e/11e. Il s'étendra ou échouera selon ce que la commu en fait. Toi qui lis ces lignes : tu fais partie de la commu. À toi de jouer.
À lire aussi
Pillar manifeste · Article maître éditorial. Mis à jour quand la stratégie évolue.